Wassim Ghozlani


Wassim Ghozlani, série Postcards from TunisiaPostcards from Tunisia

C’est par antiphrase que Wassim Ghozlani, figure centrale de la jeune photographie tunisienne, a nommé sa série. Les images qui la composent sont l’exact contraire d’une carte postale. D’abord, toutes sont carrées, réalisées avec un appareil argentique moyen format, contrevenant à l’usage qui les veut rectangulaires. Ensuite, aucune ne représente un lieu ou un monument tunisien fameux, comme la Grande Mosquée de Kairouan, l’amphithéâtre d’El Jem ou le site archéologique de Carthage. Au contraire, Wassim Ghozlani a photographié des lieux communs, anonymes : une route de campagne, une vieille station-service, un immeuble, une usine. Enfin, aucune de ses photographies ne partage la théâtralité publicitaire qui est le propre des cartes postales. Ici, pas de ciel bleu, de grand soleil, de couleurs vives, de vue de la mer ou d’artisans souriants dans leur échoppe. Les couleurs sont éteintes, les vues banales.

En prenant le contre-pied de l’iconographie des cartes postales, Wassim Ghozlani se moque subtilement des clichés auxquels on réduit son pays, proposant une vision plus juste de la Tunisie contemporaine. Le principal intérêt de Postcards from Tunisia n’est pourtant pas là. Il tient plutôt à la délicatesse, à la retenue des images. Une cruche et une bouteille côte à côte font penser à Morandi, une balançoire vide en forme de fusée évoque une enfance envolée, une route longe les ruines d’un aqueduc rappelant le temps qui passe. Toutes ces images sont empreintes d’une atmosphère difficile à nommer ; mais, s’il fallait risquer un mot, ce serait celui de nostalgie.

Par Guillaume de Sardes