Richard Dumas


ANTONIONI Michelangelo et Enrica, Rome, 2002Suite méditerranéenne

Paradoxalement, l’époque contemporaine, où l’image de soi joue un si grand rôle, ne compte que quelques maîtres du portrait. Richard Dumas est l’un d’eux. Comme son grand devancier Richard Avedon, il considère qu’un portrait est l’image d’une personne consciente d’être photographiée, sa réaction à cette expérience étant aussi importante que ses vêtements ou son allure. Ici, aucune image volée. Richard Dumas est là, élégant et discret, pour une heure ou une après-midi. Il discute avec ses modèles, attendant pour photographier qu’une expression ou un geste retienne son attention.

Il travaille habituellement avec un appareil moyen format argentique, développe ses films et réalise ses tirages lui-même. Cette approche classique de la pratique photographique pourrait faire basculer Richard Dumas du côté du classicisme. S’il y échappe c’est parce qu’il s’intéresse moins à représenter le modèle qu’à rendre compte de la vérité de l’instant. Là où d’autres appliquent un protocole strict, toujours le même, lui s’adapte à la situation, au lieu et à la lumière naturelle, produisant au sein d’un même univers esthétique des photographies variées.

La suite de portraits présentés ici est composée de personnalités du cinéma, acteurs et réalisateurs méditerranéens. Ils ont été faits entre 1992 et 2015, souvent à l’occasion du Festival de Cannes. On remarque au fil de ces images le goût de Richard Dumas pour les contrastes marqués, pour l’intériorité, mais aussi la délicatesse avec laquelle il campe les personnes sans jamais chercher à les interpréter. C’est sans doute parce qu’il n’impose pas une idée du modèle que ses portraits sont à la fois ouverts et mystérieux, inépuisables. Il arrive même que certains, comme celui d’Antonioni l’air absent, la tête délicatement soutenue par sa femme, soient bouleversants.

Par Guillaume de Sardes