Nicole Herzog-Verrey 


Nicole Herzog-Verrey003Au Défi de la Pierre

La passion de Nicole Herzog-Verrey, ce sont les montagnes de sa Suisse natale. On le sent bien en regardant le résultat de sa rencontre photographique avec le Liban. C’est en effet la dimension minérale qui a retenu toute son attention. Son Liban est un pays de pierres, de « vieilles pierres » au sens le plus noble du terme. Le noir et blanc accentue cette noblesse en écartant tous les effets faciles. Mats, massifs, majestueux, les blocs archéologiques s’imposent avec une évidence géologique. Le ciel, voilà, selon la photographe, le seul interlocuteur qui soit digne d’eux ; les grandes chevauchées de nuages dessinent des géométries complexes qui répondent à celles des temples abandonnés.

Seuls les arbres, impressionnants de verticalité, peuvent à l’occasion rivaliser avec la pierre. Vivants, fragiles, ils se dressent là où les plus fières colonnes ont payé leur tribut à l’érosion des siècles. Les hommes, eux, sont définitivement trop petits pour exprimer quelque prétention. Si d’aventure une figure apparaît, le jeu des échelles la renvoie à son humble stature. Plutôt que des personnages, on croisera, éparses, des traces de présences, aussi touchantes que dérisoires.

Le contemporain, dans les photographies de Nicole Herzog-Verrey, s’affirme sur le même mode que l’antique : par ses architectures. Les matériaux, toutefois, sont sans commune mesure : non plus des moellons solides ou des marbres précieux mais des échafaudages de ferraille, des carcasses de béton, dont on ne sait jamais s’ils sont encore en construction ou déjà délaissés. Là où les Anciens bâtissaient,  les Modernes campent, semble dire l’artiste. Elle exprime par là, avec rigueur et élégance, l’un des paradoxes du Liban et de ses voisins : la difficulté de susciter un cadre de vie et un art de vivre pour aujourd’hui quand la mémoire visuelle est saturée de traces. En ce sens, l’observatrice attentive des glaciers n’est pas dépaysée en Orient : cohabiter avec le passé est une expérience du même type que la cohabitation avec la nature vierge – un défi permanent.

Par Guillaume de Sardes