Lara Tabet


Lara Tabet, série Les RoseauxRoseaux

Artiste libanaise formée à l’International Center of Photography de New-York, Lara Tabet s’inscrit dans la ligne des photographes travaillant sur le corps, la sexualité, la marge. Sa série, Roseaux, réalisée à Beyrouth en 2012 avec Michelle Daher qui lui a servi de guide, fait écho à celle de Kohei Yoshiyuki, intitulée  The Park et réalisée à Tokyo en 1973. Dans les deux cas, il s’agit de montrer ce qui devrait rester caché : des rencontres nocturnes, furtives, au cœur même d’une ville. Les deux séries posent en creux les mêmes questions, l’une sur la société japonaise, l’autre sur la société libanaise : qu’est-ce qui pousse ces couples à faire l’amour dehors ? Un plaisir exhibitionniste ? L’exiguïté d’un appartement partagé ? L’impossibilité de recevoir chez leurs parents ? Est-ce un choix ou un pis-aller ?

Mais alors que Kohei Yoshiyuki se plaçait et plaçait du même coup le regardeur dans la position du voyeur, Lara Tabet déplace le propos. Il n’est plus question ici que de pulsion scopique. Car Roseaux est l’histoire d’un passage, celui de l’état de spectatrice restant à distance à celui d’actrice participant à ces rencontres faites au hasard de la nuit. Il y a ainsi un basculement du voyeurisme à l’exhibitionnisme. Le statut même des images s’en trouve modifié, car il ne s’agit plus d’un simple témoignage documentaire. Une ambiguïté est instillée. Que voit-on exactement ? Où passe la ligne séparant la réalité nue de la mise en scène ? En devenant actrice de ses propres images Lara Tabet en ouvre le sens à la fiction.

Par Guillaume de Sardes