Giulio Rimondi


Giulio Rimondi, série Beirut NocturneBeirut nocturne

Beyrouth n’est pas, ou plutôt n’est plus, une belle ville. Du moins pas au sens où l’on dirait de Paris ou de Rome qu’elles le sont. Même ceux que la capitale du Liban fascine déplorent la destruction sous les coups successifs de la guerre et d’un urbanisme mal encadré des quartiers qui en faisaient le charme jusqu’aux années 70. Les vieux palais et les maisons aux trois arcs, typiques de la bourgeoisie urbaine de la fin du XIXe et du début du XXe siècle ottomans, ont cédé la place à des immeubles modernes.

Pourtant, quand la nuit vient, Beyrouth change. Le manque d’éclairage public, l’air fraîchissant, la disparition des embouteillages, l’animation des rues, tout cela donne à la ville un aspect nouveau. C’est cette Beyrouth-là que Giulio Rimondi, jeune photographe italien sensible à la dimension humaine de ses sujets, a photographié de 2009 à 2010 : « J’ai travaillé la nuit, car la semi-obscurité efface les frontières entre les quartiers, si différents en plein jour. Les rues sont alors plus calmes, certaines presque désertes. Il y a quelque chose de la Beyrouth d’avant-guerre qui remonte à la surface. Comme si, sous la ville nouvelle, l’ancienne perdurait discrètement. »

C’est donc un temps suspendu que Giulio Rimondi a voulu fixer sur le film photographique. D’où le choix du noir et blanc, des cadres serrés, du flou, de tant de scènes d’attente. Il y est parvenu, livrant des images intemporelles mais pas désincarnées. Beirut nocturne saisit ce qui par nature est pourtant impalpable : l’atmosphère d’une ville.

Par Guillaume de Sardes