Danielle Arbid


Danielle Arbid, série Exotic GirlsExotic Girls

Un film a son atmosphère, il suscite des sensations. C’est éminemment vrai de ceux de Danielle Arbid, où beaucoup se joue dans les regards et le frôlement des corps. La cinéaste elle-même, en marge de ses tournages, a voulu garder grâce à la photographie la mémoire d’instants fragiles. Rien de savamment construit dans ses clichés flous, au cadre très serré, où domine une couleur – souvent chaude. Mais une hâte, une fébrilité qui évoque celle avec laquelle le héros d’Un homme perdu (2007), inspiré d’Antoine d’Agata, appuie en rafale sur le déclencheur. C’est la série, du coup, qui fait sens, plus que l’instantané isolé ; Danielle Arbid attend du rapprochement des photos sur le mur la naissance d’une « émotion conjuguée ».

La ville est le cadre des rencontres et des fêtes, sans qu’il soit vraiment possible de déterminer si l’on est à Paris, à Beyrouth ou ailleurs. Un « Pigalle » qui se détache en grandes lettres situe-t-il l’image au pied de Montmartre ou en l’un des lieux de plaisir qui, dans le monde entier, ont emprunté la mythologie parisienne ? C’est la nuit, de toute façon, la nuit où toutes les villes se ressemblent, la nuit où les néons éclairent d’une lumière crue et colorée les silhouettes et les visages entre séduction et fatigue.

Danielle Arbid, en effet, photographie comme elle filme : au plus près des corps, et en particulier des corps de femmes. Ses jeunes modèles, à commencer par l’actrice principale de son dernier film, semblent n’avoir, comme le revendique le titre, « peur de rien ». Leur bouche rouge est faite pour mordre dans la saveur de l’instant. Elles ne baissent pas leurs grands yeux devant le regard curieux de qui les trouve désirables. Ce qu’elles aiment, parfois, est tatoué sur leur peau. Les images de Danielle Arbid rappelle qu’au cœur de la nuit, le cœur bat plus vite.

Par Guillaume de Sardes