Pour sa troisième édition, le festival de photographie méditerranéenne Photomed s’invite à Beyrouth et remplit son calendrier mondain. Entre expos et compétition, ce festival est devenu un évènement célébré par l’élite de Beyrouth et les grands amateurs d’art.

Le lauréat de l’année dernière, Karim Sakr, et celui de l’année 2014, Serge Najjar, nous livrent leurs inspirations, leur vision et l’importance de la photographie pour eux.

Un festival catalyseur de talents

Les deux participants avaient des visions différentes du festival : Serge avait beaucoup hésité au début, étant dans l’absolu contre l’idée de concourir pour l’art. Mais le thème « Beyrouth », qui lui tient tant à cœur, l’a poussé à envoyer quelques-unes de ses photos. Gagner lui a ramené un public intéressant composé surtout de photographes professionnels, en plus de la presse. Serge a ainsi rejoint un cercle passionné de photographie ; cerise sur le gâteau pour un photographe ambitieux.

L’approche de Karim se veut plus pragmatique. Ayant bâti une audience sur les réseaux sociaux, il décide de concourir. Il a été très surpris de remporter le premier prix, vu surtout qu’il était au chômage depuis un certain temps, et que sa formation de base le poussait à devenir ingénieur agroalimentaire.

Les deux lauréats font l’éloge de Photomed au Liban et dans la région. Karim, qui considère Beyrouth la capitale culturelle du Moyen-Orient, estime « très naturel de voir un tel festival devenir l’événement culte des photographes libanais, arabes et méditerranéens ». Ses propos sont soutenus par Serge, qui voit la ville comme un pôle de culture qui regorge de talents et de soif de partage ; d’où l’évidence que Photomed y prenne lieu.

Lorsqu’il est question d’inspiration, les sources des deux artistes divergent ; ce qui émeut Serge, c’est l’art moderne et contemporain. Il suit autant les grands photographes que les moins connus, et soutient certains talents qu’on retrouve sur Instagram. « Le monde a changé. La photographie est à la portée de tous. Et les talents sont partout », souligne-t-il. Karim, quant à lui, est plus précis. Ce qui le stimule le plus, c’est la rue, ou plutôt l’urbanisme, mais aussi les bâtiments délaissés, les contrastes sociaux, et la nature. Il cite Harry Gruyaert, Daido Moriyama, Reza, et Fouad El Khoury parmi ses photographes préférés, tout en vouant un culte à Magnum Photos.

La photographie de demain

« On dit qu’une photo vaut mille mots, n’est-ce pas ? » demande Serge, optimiste à propos de l’avenir de la photographie. « La puissance de la photographie a toujours été indéniable. Une photo peut changer le monde par le message qu’elle porte. Et avec les médias et l’internet, une photo peut être vue par des millions de personnes en une fraction de seconde. Je vous laisse donc imaginer l’impact de la photographie à l’avenir. »

Pour sa part, Karim est beaucoup moins optimiste ; d’après lui, la photographie est devenue un outil de mode. Les appareils photo sont de plus en plus petits, très sophistiqués et à des prix abordables. Il voit un avenir où les téléphones portables munis d’appareils photo sont rois, remplaçant ainsi les caméras. « Tout le monde peut dorénavant prétendre être photographe », regrette-t-il.

Entre articles de presse, clients et expositions, Serge Najjar et Karim Sakr ont bien profité de leur prix décerné à Photomed. Que ce soit l’expérience en elle-même, le mélange de cultures, les rencontres, les voyages ou les projets à grande échelle, les deux photographes recommandent ce festival pour les passionnés de photographie. « On en ressort gagnant, peu importe le résultat », affirme Serge.

Article par Lary Bou Safi.

Légende Photo (De gauche à droite): Serge Najjar, Karim Sakr