Patrice Terraz, Sète, France, Mars 2001

“Welcome On Board”


Par Patrice Terraz

Du 23 Janvier, 2015
Au 15 Février, 2015

“Ils arrivent du bout du monde. Ils sont marins et naviguent sur toutes les mers du globe. Chaque année, ils sont des centaines à être abandonnés par des armateurs peu scrupuleux. Car le transport maritime est un chaos social, l’expression d’une opacité organisée, entretenue par les pavillons de complaisance. Rencontre avec ces marins échoués à quai, sans argent et sans nourriture pour qui le temps s’est arrêté. Le reportage commence en 2001, en suivant Yves Reynaud, inspecteur ITF à Marseille, dont le rayon d’action couvre toute la côte méditerranéenne. L’ITF (International Transport Workers’ Federation) est un regroupement de syndicats basé à Londres qui oeuvre pour le respect des droits des marins, contre les pavillons de complaisance, et qui nomme un inspecteur dans chaque grand port mondial. C’est ainsi que j’ai rencontré ces équipages en détresse, sous-payés, voire impayés depuis des mois, dont le seul tort a été d’embarquer à bord du Fenix, de l’Atalanti ou du Zaccar. L’exemple le plus frappant restera celui du Florenz, cargo panaméen, abandonné dans le port de Sète en janvier 2001. À bord, les marins grecs, croates, géorgiens, camerounais, ghanéens devront attendre un an et trois mois avant la vente aux enchères du navire qui permettra de récupérer les arriérés de salaires. En 2005, un voyage à Dakar m’amène à bord du Marine One où un équipage abandonné survit depuis deux ans dans des conditions effroyables. Je prends conscience que, en fonction du port où est abandonné le navire, les chances de s’en sortir sont inégales. Janvier 2010, c’est une commande pour Le Monde Magazine qui me replonge dans le sujet. Départ pour Istanbul où des centaines de navires au destin incertain s’alignent le long des côtes de part et d’autre du détroit du Bosphore. Le ralentissement généralisé de l’économie mondiale a eu un impact immédiat sur le trafic maritime. Au bout de la chaîne, des marins épuisés, en voie de clochardisation, sont abandonnés à leur sort, navigant entre ennui et isolement sur des navires sans âge, tel le Nemesis, vieux cargo, pavillon Sierra Leone, ancré à quelques encablures de la côte. Septembre 2010, l’ITF m’envoie dans le port d’Algeciras pour photographier les marins de l’Eastern Planet. Sans nouvelles de l’armateur depuis plusieurs mois, la situation de l’équipage ukrainien s’enlise, rongée par l’inactivité. Janvier 2011, retour à Sète, dix ans après les premières images du Florenz. Le Rio Tagus, vieux cargo de 1979, est bloqué dans le port de Sète pour avarie technique. Il n’est plus en état de reprendre la mer et les salaires des marins ghanéens ne sont plus versés depuis longtemps. Il ne reste qu’une solution : rapatrier l’équipage. Le cauchemar de tout marin qui a quitté sa famille depuis des mois : rentrer à la maison sans argent”.

Patrice Terraz


Institut Français de Beyrouth
Espace des Lettres, Damascus Road, Beirut

Quand

Du 23 Janvier, 2015
Au 15 Février, 2015

11:00am - 7:00pm

Les samedis à partir de 10 am à 12 pm. Fermé les dimanches.