Richard Dumas

« Le meilleur appareil photo est celui qu’on a sur soi »

Dans le cadre de son exposition « Suite Méditerranéenne » au quartier général de la Byblos Bank, Richard Dumas était de passage au Liban.

Aborder Richard Dumas, c’est notamment garder en tête la foudroyante image de Michelangelo Antonioni, exposée jusqu’au 8 février au quartier général de la Byblos Bank.

Trois grandes expositions qui se répondent, de merveilleux en émerveillement : « Sur les tournages d’Antonioni » de Sergio Strizzi, « Cinecittà » d’Alain Fleischer, et « Suite Méditerranéenne » de Richard Dumas. Dumas a préparé une sélection d’extraits et de portraits aussitôt que le commissaire Guillaume de Sardes a partagé avec lui la thématique de Photomed Liban 2017, le cinéma et la Méditerranée. Tel est donc le seul critère de sélection, que la personne photographiée soit liée au cinéma méditerranéen.

Aborder Richard Dumas, c’est également faire face à peu de mots, à un regard imagé, à la curiosité dérangée, voir le travail des autres pour parler de son propre travail. On dirait qu’il ne se sent pas à l’aise avec les mots, qu’il se complaît dans l’indicible, cet indicible qu’il parvient justement à saisir dans sa série de portraits exposés. Une série, un mot qu’on lance plutôt comme une suite de photos, non dans le concept même d’un travail en série qu’il ne pratique pas, estimant qu’une « série c’est quelque chose de clos, de fermé ».

 

L’appareil photo, ce pouvoir !

La suite de portraits présentés dans le cadre de Photomed Liban, comme l’explique Guillaume de Sardes dans la présentation, est composée de personnalités du cinéma, acteurs et réalisateurs méditerranéens. Ils ont été faits entre 1992 et 2015, souvent à l’occasion du Festival de Cannes. Photographe de presse à l’intention des journaux, magazines et revues, Richard Dumas y trouve un espace pour son travail personnel, affirmant qu’il aime photographier les gens qu’il admire. Et pour réaliser ses portraits, il guide ses modèles, les prend en main par moments, « un peu comme une mise en scène en studio, sauf qu’on n’est pas en studio ». Est-il facile de diriger des stars et des célébrités ? « Justement, dit-il, l’appareil photo, ça vous donne pas mal de pouvoir ! » Et ce qu’il recherche dans un portrait ? « À ne pas trahir les personnes, à montrer ce que je pense d’elles. »

Difficile de cerner le personnage qu’on présente comme un dandy, un rockeur, et qui s’est présenté comme « un solitaire qui a besoin de la présence des autres ». Il ne peut s’empêcher de rire, de répéter cette phrase rapportée, y ajoutant quelques petites précisions supplémentaires : « En tant que photographe, on est seul. Je ne veux pas d’assistants, de personnes qui font la lumière, de gens à côté de moi qui regardent. J’ai besoin d’une relation très isolée en fait… et j’ai besoin de la présence des autres forcément, puisque ce sont mes modèles ».

 

Photographe, non pas artiste

Pour Richard Dumas, il semble évident qu’il est inutile de se lancer dans la polémique photographique sur la technologie de plus en plus développée qui permet à tout un chacun de capter image sur image, photo sur photo. En quelques mots qui vont tout droit au but, il lance cette vérité tonnante : « Le meilleur appareil photo est celui qu’on a sur soi. On peut avoir un appareil génial, professionnel, beau, mais qu’on garde à la maison, sans jamais le sortir de son coffre… Ce n’est pas un appareil génial. » Et poursuivant son idée d’un geste de la main qui sort machinalement de la poche de son veston son téléphone intelligent :« Ça par exemple, eh bien, ça peut être un appareil génial. Voilà, maintenant on peut comparer entre les différents systèmes, mais ce sont tout simplement des systèmes différents. Il n’y a pas d’échelle de valeur pour moi. »

En revanche, il a un avis beaucoup plus tranché sur la labellisation de la photographie comme un métier artistique : « Je me dis photographe et non pas artiste. Je n’aime pas beaucoup les artistes qui se présentent comme plasticiens utilisant la photographie. J’aime mieux les photographes qui servent la photographie que les artistes qui se servent de la photographie. » Se servir de ou servir… une petite nuance qui fait toute la différence.

S’il ne se réclame pas de l’école Cartier-Bresson, de l’instant décisif, affirmant que ce n’est pas lui qui cherche, mais plutôt l’inverse, les choses qui le cherchent, il reconnaît qu’à un moment, « quand on photographie, il y a des instants où l’on sent la grâce, des moments de beauté »… comme celles qui transparaissent dans son portrait d’Antonioni l’air absent, la tête délicatement soutenue par sa femme : « L’avantage de la Rollefleix, c’est que ça ne vous place pas en connexion directe avec la réalité, mais que ça donne l’impression de regarder dans une petite télévision, un écran, quelque chose de virtuel. »

Article par Nayla Rached