Lancée le 18 janvier, la 4e édition de Photomed Liban se poursuit jusqu’au 8 février. Philippe Heullant, Serge Akl et Guillaume de Sardes, respectivement président, vice-président et directeur artistique du Festival, nous ouvrent les coulisses de cette manifestation culturelle.

Depuis que Photomed France s’est exporté au Liban, le Festival est aussitôt apparu dans le paysage culturel libanais comme un rendez-vous artistique incontournable. « Dès son lancement en pleine agitation politique, au moment où d’autres festivals ont été annulés, rappelle Philippe Heullant, Photomed a été maintenu. J’avais pris la décision avec Serge de ne pas annuler, de ne pas se laisser faire. Et ça, les gens s’en souviennent. » Mais ce n’est pas la seule raison : « C’était un festival abouti dès la première édition, ajoute Serge Akl. À partir de là, nous avons pu continuer à construire grace à la confiance que nous ont accordé à la fois les sponsors liés aux institutions publiques, que sont les ministères du Tourisme et de la Culture, mais aussi et surtout, les sponsors dans le domaine privé comme la Byblos Bank qui, à partir de la deuxième année, a doublé sa subvention car convaincue des résultats de la première édition. »

Des résultats encore plus convaincants d’année en année, permettant ainsi aux organisateurs d’évaluer l’évolution du Festival de deux manières. Et Philippe Heullant de souligner d’abord l’intérêt grandissant du public libanais, l’affluence des visiteurs non seulement de Beyrouth, mais d’autres régions du pays. Ensuite, « on s’en aperçoit également à travers les artistes qui nous contactent et qui veulent absolument venir exposer leur travail à Beyrouth. La fascination que véhicule cette ville et l’excellente réputation du Festival sont dues, en grande partie, à l’attention et au respect accordés aux photographes et à leur travail, de l’accrochage tout en beauté jusqu’au fait de faire venir chaque année les photographes au Liban pour aller à la rencontre des visiteurs ».

Pour toutes ces raisons, et pour d’autres encore, Photomed Liban étant une association à but non lucratif, l’organisation du Festival est loin d’être facile, de par la gratuité de l’événement, qui comporte non seulement des expositions de photos, mais aussi une compétition internationale en partenariat avec l’Institut français, ainsi que la lecture de portfolios où, ajoute Serge Akl, « des photographes professionnels ou amateurs peuvent soumettre leur travail au regard du jury international qui leur donne des conseils. En même temps, il y a cinq lieux d’exposition. Cette année nous avons vécu avec beaucoup de tristesse l’autodestruction du Beirut Exhibition Center, et nous avons eu la chance de trouver à D Beirut une écoute des propriétaires du lieu qui ont accepté avec grande joie de devenir partenaires du Festival, un partenariat bouclé juste trois semaines avant le lancement ».

 

D’échanges en union

Surfant sur la vague de l’intérêt mondial de plus en plus grandissant pour la photographie, Photomed s’établit au Liban comme une nouvelle plate-forme, un nouveau moyen, une nouvelle excuse pour promouvoir la photo au Liban et les photographes libanais, au pays et à l’étranger. Photomed est l’occasion de créer des liens, des collaborations entre photographes libanais et étrangers, qu’ils soient méditerranéens ou qu’ils travaillent sur la Méditerranée, comme en témoigne cette année l’élargissement des frontières, puisque la programmation inclut le travail de la photographe suisse Nicole Herzog-Verrey dont la caméra a saisi les montagnes et les villages libanais.

Philippe Heullant relève également que le but du Festival est une invitation aux photographes à échanger entre eux, à parler de leur travail, à construire à plusieurs. « C’est la diversité et la richesse de Photomed, et nous le sentons sur le terrain. D’ailleurs, chaque année, les photographes qui ont été exposés auparavant viennent à la nouvelle édition même s’ils ne sont pas exposés. On dit toujours que Photomed est une famille, c’est l’esprit qui nous anime et on enrichit la famille. »

Telle est l’importance d’un festival comme celui-là. « En France, affirme Serge Akl, ils avaient lancé un programme intitulé “Union pour la Méditerranée” qui devait créer plus de liens économiques et politiques dans le bassin méditerranéen pour aller au-delà des frontières nord-sud. Ce programme n’est plus réellement efficace aujourd’hui. En revanche, des festivals comme Photomed perpétuent l’idée de ce programme et du rapprochement des peuples nord-sud, est-ouest, à travers un produit qualitatif, culturel et artistique. Au-delà des institutions étatiques, ce rapprochement est entre les peuples, leurs artistes et leurs photographes. »

 

La photo, un langage universel

Depuis l’instauration de Photomed Liban, « on raisonne différemment en France, affirme Phillipe Heullant, quand on sélectionne nos artistes on pense aussi à la continuité, c’est-à-dire qu’on intègre de plus en plus de photographes libanais dans la programmation française ». Une continuité que relève également le directeur artistique du Festival, Guillaume de Sardes. « Les programmations française et libanaise sont, en effet, très proches. Au Liban c’est une version resserrée de la programmation française. On garde les meilleurs, disons-le, mais on ne s’interdit pas d’inviter des photographes supplémentaires. C’était le cas l’année dernière avec Antoine d’Agata, et c’est le cas cette année avec Danielle Arbid. »

Quant à la sélection artistique de cette 4e édition, elle s’est effectuée en fonction des quatre thèmes choisis : le cinéma, la poésie des ruines, la ville de Beyrouth et les années 1970. Pourquoi le cinéma justement ? « C’est une manière de montrer des photographes qui étaient peu connus, comme Sergio Strizzi, et néanmoins très importants, autour de cette figure d’Antonioni. Un très joli thème, élégant. Et puis le rapport entre la photo et le cinéma est un rapport entre l’image fixe et l’image en mouvement. Le cinéma et la photographie ont une histoire commune. Il est intéressant de montrer cela au public. ».

De lui montrer également, encore et encore, que « la photographie est un langage universel, qu’on ne peut pas parler de photographie française ou libanaise. Il y a une scène libanaise qui est très influencée par la photographie européenne et américaine. Il n’y a pas de spécificités libanaises et c’est ce qui fait sa qualité, sinon elle serait pittoresque, provinciale. C’est une vraie photographie qui a une force et une dimension mondiales. »

Photomed Liban s’est ainsi installé sur « un territoire où la photo est présente depuis les débuts techniques de la photographie au XIXe siècle, où depuis des décennies, ajoute Serge Akl, il y a des galeries qui s’occupent de la photographie. Nous sommes venus avec l’idée qu’aujourd’hui au Liban au sein de ce Moyen-Orient, il n’y avait pas de festival qui célébrait la photographie ». La photographie qui aujourd’hui, est « un art à part entière, affirme Philippe Heullant, un art accessible. Quand on n’a pas une culture de la peinture ou de la sculpture, il est très difficile d’avoir une lecture d’une œuvre. La lecture d’une photo est immédiate, et selon le niveau culturel des uns et des autres, chacun voit ce qu’il a envie de voir. Il n’y a pas de décodage à faire. C’est l’avantage d’un média comme la photo qui s’adresse au plus grand nombre ».

Article par Nayla Rached